Le réchauffement climatique modifie profondément la répartition de nombreuses espèces animales et végétales en Europe. Parmi elles, la chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) illustre parfaitement l’impact de ces bouleversements. Cet insecte forestier, connu pour ses processions caractéristiques et ses poils urticants dangereux pour la santé humaine et animale, voit son aire de répartition s’étendre vers le nord depuis plusieurs décennies.
Si la hausse des températures hivernales explique en grande partie cette progression, des chercheurs ont récemment identifié un facteur supplémentaire : l’ensoleillement hivernal.
Une espèce en expansion sous l’effet du climat
Originaire du bassin méditerranéen, la chenille processionnaire du pin s’est adaptée à des hivers plus doux et colonise désormais de nouvelles régions d’Europe. Cette expansion géographique entraîne des risques accrus pour la santé publique, les animaux domestiques et les troupeaux, ainsi que des impacts économiques et écologiques sur les peuplements de pins.
Des chercheurs se sont appuyés sur des données historiques et des modèles de distribution d’espèces pour retracer l’évolution de la chenille et simuler son expansion future selon plusieurs scénarios climatiques. Ces travaux permettent d’affiner la compréhension des conditions environnementales qui déterminent sa survie et son développement.
L’ensoleillement : un facteur clé encore sous-estimé
L’étude, publiée dans Science of the Total Environment, confirme le rôle central des températures minimales hivernales dans la survie de l’espèce, mais met également en lumière l’importance du rayonnement solaire.
L’ensoleillement hivernal contribue directement au réchauffement des nids, indispensables au bon développement des larves. À des latitudes supérieures à 55° nord, un ensoleillement insuffisant pourrait freiner la progression de l’espèce, même si les températures restent favorables.
Ce facteur, longtemps négligé, apparaît désormais comme une barrière écologique naturelle essentielle à prendre en compte pour anticiper les zones à risque d’infestation.
Une expansion lente mais continue
Les chercheurs soulignent également que l’aire de répartition de la chenille n’évolue pas aussi vite que le réchauffement climatique. Cette progression limitée s’explique par la faible capacité de dispersion des femelles adultes, qui ne parcourent que de courtes distances.
Cette dynamique lente laisse donc une marge d’action pour les territoires encore épargnés, notamment grâce à des mesures de prévention telles que :
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la surveillance et la sensibilisation du public,
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le choix raisonné des essences forestières ou ornementales,
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la réduction des introductions accidentelles lors de transports de végétaux.
L’aménagement paysager, un levier d’action local
Les choix d’aménagements humains influencent directement la dynamique de l’espèce. Certaines essences de pins, très utilisées en ville pour leur valeur ornementale, offrent un terrain favorable à la chenille processionnaire. Adapter le choix des essences plantées dans les espaces urbains et périurbains constitue donc une mesure simple et efficace pour limiter les infestations et protéger la population.
Mieux anticiper les risques sanitaires et écologiques
Les résultats de ces recherches illustrent la complexité des interactions entre climat, habitat et espèces. Si le réchauffement des températures ouvre de nouveaux territoires à la chenille processionnaire du pin, l’ensoleillement hivernal pourrait en limiter l’expansion.
Mieux comprendre ces mécanismes est essentiel pour prévoir l’évolution de cette espèce et adapter les stratégies de gestion, tant pour la santé des forêts que pour la prévention des risques sanitaires liés à ses poils urticants.
Sources
Rossi J.-P., Battisti A., Avtzis D.N. et al. (2025). Warmer and brighter winters than before : Ecological and public health challenges from the expansion of the pine processionary moth (Thaumetopoea pityocampa). Science of The Total Environment 978, 179470. https://doi.org/10.1016/j.scitotenv.2025.179470






