L’impact du froid sur les chenilles processionnaires suscite régulièrement des interrogations, notamment lors d’épisodes hivernaux marqués. Ces températures basses peuvent-elles freiner leur progression sur le territoire ou s’agit-il d’un effet ponctuel sans conséquence durable ?

Quel est l’impact du froid sur les chenilles processionnaires en hiver ?

La processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) traversent l’hiver à l’état larvaire. Contrairement à de nombreuses espèces, elles demeurent actives durant la saison froide. Ainsi, leur développement se poursuit lentement lorsque les conditions restent compatibles avec leur seuil de tolérance thermique.

Cependant, lors d’épisodes de gel intense, certaines larves peuvent être affectées, notamment lorsqu’elles se trouvent hors des nids. En effet, les individus exposés directement au vent ou aux températures négatives prolongées présentent un risque accru de mortalité. Néanmoins, cette vulnérabilité dépend fortement du stade larvaire et du contexte microclimatique.

Défoliation importante des arbres hôtes. ®Photo ONF, 5/1/2026
Chenilles surprises par les fortes gelées. ®Photo Mickaël Kaczmar ONF, 5/1/2026

Impact du froid sur les chenilles processionnaires : rôle protecteur des nids

Les nids soyeux constituent un élément central pour comprendre l’impact du froid sur les chenilles processionnaires. En effet, ces structures agissent comme une enveloppe isolante. Elles permettent de maintenir une température interne supérieure à celle de l’air ambiant.

Selon les données scientifiques disponibles, les larves protégées dans leurs nids peuvent résister à des températures atteignant environ -16°C. Ainsi, même en cas de vague de froid significative, la majorité des colonies installées dans des nids bien exposés survivent.

En revanche, lorsque les chenilles sortent pour s’alimenter durant la journée, elles deviennent temporairement plus vulnérables. Dans ce cas, un refroidissement brutal peut provoquer des pertes localisées. Toutefois, ces mortalités ponctuelles ne suffisent généralement pas à inverser la dynamique globale des populations.

Une dynamique naturellement cyclique

La processionnaire du pin présente des cycles naturels de population, alternant phases de pullulation et phases de régression. Ces variations annuelles sont indépendantes d’un seul facteur climatique. Elles résultent d’un ensemble d’interactions entre conditions météorologiques, disponibilité des hôtes, pression parasitaire et dynamique interne des populations.

Les années de forte présence peuvent être suivies d’effondrements naturels, avant un retour à des niveaux plus modérés. Cette cyclicité explique pourquoi certaines saisons apparaissent plus marquées que d’autres, sans que cela traduise nécessairement une tendance durable.

Dans ce contexte, un hiver rigoureux peut contribuer à accentuer une phase de régression déjà amorcée, sans toutefois inverser la tendance générale d’expansion observée sur le long terme.

Un enjeu sanitaire distinct de l’enjeu forestier

En forêt, la processionnaire du pin est considérée comme ayant un impact globalement limité sur la vitalité des peuplements. Les défoliations restent souvent localisées, notamment en lisière ou dans des peuplements jeunes et exposés.

En revanche, l’enjeu majeur concerne la santé humaine et animale. À partir du troisième stade larvaire, les chenilles développent des soies urticantes contenant une protéine allergène, la thaumétopoéine. Ces micro-poils peuvent être libérés dans l’environnement en cas de stress ou lors de la dégradation des nids.

Les contaminations peuvent être directes (contact avec les chenilles) ou indirectes (soies présentes dans l’air ou dans les nids abandonnés). Les réactions observées sont principalement cutanées, oculaires ou respiratoires.

C’est pourquoi les stratégies de gestion ne visent pas l’éradication en forêt, mais la réduction du risque d’exposition dans les zones fréquentées par le public.

Une gestion fondée sur la prévention

La note du DSF rappelle que l’éradication de la processionnaire du pin n’a pas de sens à l’échelle forestière. L’insecte est indigène et intégré aux équilibres écologiques. Les actions curatives restent limitées et ciblées.

La gestion repose principalement sur :

  • la prévention du risque sanitaire dans les zones à forte fréquentation ,

  • l’information du public ,

  • des interventions localisées sur des sites sensibles (échenillage, pose de pièges, traitements ciblés lorsque cela est pertinent).

En forêt, les mesures curatives de grande ampleur ne sont pas considérées comme opérationnelles, notamment en raison de la complexité des écosystèmes forestiers et des limites techniques des méthodes disponibles.

La priorité demeure la surveillance et l’anticipation.

Surveillance continue et adaptation

Le Département de la Santé des Forêts assure ainsi un suivi structuré de l’espèce à travers :

  • un réseau historique de placettes de suivi des populations ,

  • un suivi continu de l’évolution de l’aire de répartition ,

  • une cartographie régulière des défoliations ,

  • ainsi qu’une veille attentive sur l’évolution du comportement et de la phénologie.

À ce titre, les résultats sont régulièrement synthétisés et transmis aux décideurs publics, constituant ainsi un outil d’aide à la décision essentiel.

Dans ce contexte, la question n’est donc pas uniquement de savoir si un hiver froid peut ralentir les chenilles. Il s’agit également, et plus largement, d’évaluer comment les dispositifs de surveillance permettent d’anticiper les évolutions à moyen et long terme.

Froid hivernal : ralentissement ponctuel, pas inversion durable

Les épisodes de froid peuvent provoquer des mortalités localisées, en particulier chez les chenilles exposées hors des nids. En effet, ces individus, directement soumis aux basses températures, présentent une vulnérabilité accrue. Toutefois, la protection thermique offerte par les nids et la dynamique naturelle de l’espèce limitent l’impact global de ces épisodes.

À ce stade, les observations disponibles indiquent que le froid peut atténuer temporairement certaines attaques. Néanmoins, il ne constitue pas, en l’état actuel des connaissances, un frein structurel à l’expansion territoriale.

La vigilance reste donc de mise, en particulier dans les zones récemment colonisées et les secteurs à forte fréquentation humaine.

Rédaction: Rebecca SOUZA, FREDON France.

Sources

Département de la Santé des Forêts (DSF) (2025). La processionnaire du pin, un insecte qui progresse sur le territoire national. DGAL/SDSPV, janvier 2025.

INRAE – Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Données de cartographie et suivi de l’aire de répartition de Thaumetopoea pityocampa en France (réseau DSF/INRAE).